morceaux de vie... poèmes & textes d'eari

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eärendil
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morceaux de vie... poèmes & textes d'eari

Message par eärendil »


Bon alors voilà, depuis que je suis 'ré-arrivée' sur la gazette, je me suis remise à écrire en français ce qui ne m'était pas arrivé depuis 4 ans.
En général, c'est plus de la poésie ou du jeu de rôle.
Mais parfois j'écris des choses individuelles et courtes; c'est la cas de cette nouvelle. Elle n'est pas parfaite, mais bon; elle est venue d'elle même aujourd'hui, issue de bouts de rêves notamment... qui parfois vous laissent des sentiments, des ressentis très forts. C'est la raison pour laquelle aucun des personnages n'a de noms parce qu'aucun n'a été prononcé et donc je ne les connais pas :roll:. Je sais c'est bizarre mais bon que voulez-vous, c'est ainsi.

Je compte utiliser ce sujet pour y mettre mes histoires, mes poèmes, mais j'aimerais bien avoir vos commentaires. Des choses pas claires, des impressions... n'importe quoi, je suis une personne constructiviste (pas de le sens de la théorie des RI ou de philo po...) et je m'appuie souvent sur ce que l'on me dit pour avancer donc, je compte aussi un peu sur vous ;).
Tout est copyrighté bien sûr




Elle ne sentait pas vraiment à l’aise, se concentrant pour ne pas trébucher avec ces talons auxquels elle n’était guère habituée. Mais elle avait tout de même relevé le défi ; pour quelle raison, elle n’arrivait pas vraiment à le déterminer. Parce qu’elle savait pertinemment que ce n’était pas les filles mais bien lui qui l’avait mise au défi ? Non par ses mots, mais par ses regards, son attitude lorsqu’elles en avaient parlé. Et elle ne pouvait pas refuser son défi ; celui de ces filles, il n’avait aucun intérêt, mais le sien c’était autre chose bien qu’elle ignorât pourquoi. Son regard qui la taquinait, lui disant qu’elle ne le ferait pas parce qu’elle avait peur, son attitude qui en disait autant, tout cela avait aiguillonné son orgueil et elle avait relevé le gant. Et elle l’avait fait avec la manière. Jamais elle n’avait imaginé porter ce genre de chose, même dans ses pires cauchemars. Au fait pourquoi le faisait-elle encore ? Pour prouver quoi ? Qu’elle n’était pas seulement un garçon manqué, dépassée par tout ce qui pouvait lui rappeler qu’elle était une fille, non une femme, mais aussi une personne qui pouvait surpasser ses craintes. Et qu’est-ce que cela lui apporterait ? Rien finalement, c’était stupide.

Elle fit demi-tour, prête à rentrer chez elle et quitter cette robe stupide pour enfiler des pantalons plus confortables et se balader dans les rues au lieu de se rendre à cette fête idiote où elle se sentirait de trop encore une fois, mais s’arrêta net stoppée par la personne qui se tenait devant elle. Elle allait s’excuser lorsqu’elle réalisa qui elle venait de percuter. Lui ! Il souriait et elle se sentit rougir ; non seulement elle avait relevé un défi stupide mais en plus elle s’était mise dans une position de vulnérabilité qui la mettait terriblement mal à l’aise.
« Tu ne repars pas tout de même? » dit-il lui donnant encore une fois l’impression qu’il lisait dans ses pensées.
« Et bien… »
« Si tu étais en train de repartir ; ce n’est pas très gentil de s’éclipser de cette manière. Et puis, est-ce vraiment si terrible que cela ? »
Elle haussa les épaules, chassant ce sentiment bizarre qui commençait à l’envahir mais répondit honnêtement.
« Tu n’as pas idée. Je regrette d’avoir répondu à votre provocation finalement. »
Il la repoussa un peu et la dévisagea de haut en bas, semblant analyser l’ensemble des coutures de la robe que sa mère avait fini par acheter, trop heureuse que sa fille daigne enfin en porter une. Il la mettait encore plus mal à l’aise à observer les plis de la robe en soie lilas. Elle allait lui dire d’arrêter lorsqu’il la regarda dans les yeux souriant encore.
« Cela te va bien pourtant. »
« Oui et bien moi je me sens pas vraiment à l’aise avec tout cela. »
« Mais si, mais si. Et puis tu ne voudrais pas les laisser gagner ces pimbêches… » Répondit-il avec un sourire encourageant qui contredisait quelque peu son ton moqueur ; il semblait ne pas les porter dans son cœur et pourtant il n’en avait jamais rien dit. Il avait toujours paru faire partie de leur groupe de connaissances. Et pour une raison inconnue, ces quelques mots parvinrent à la persuader d’y aller.

Il passa devant elle lui montrant le chemin vers la salle qu’elle ne connaissait pas ; enfin si, elle connaissait son existence mais elle n’y était jamais allée. Les bals, les soirées toutes ces choses elle les avait évitées au cours des trois années qu’elle avait passées dans cette université. Mais il semblait que ce soir elle n’y couperait pas, il ne paraissait absolument pas prêt à la laisser partir ; elle ne comprenait pas bien pourquoi d’ailleurs. Avant d’entrer, il lui saisit le bras, créant une douce chaleur sur sa peau là où sa main reposait. Sa présence avait quelque chose de réconfortant, mais il lui avait toujours paru comme une force tranquille depuis leur première rencontre ; beaucoup prétendaient qu’il était gay mais elle ne lui avait jamais posé la question. Cela lui importait peu et, en fait, il était plus que probable que c’était la raison pour laquelle elle ne s’était jamais sentie menacée en sa présence, qu’elle était plus naturelle avec lui qu’avec les autres ; pourtant rien ne prouvait qu’il l’était et pour être tout à fait honnête, ce soir là dans son costume de la plus classique élégance, il avait plus tout du tombeur que du confident homosexuel.
« Prête ? »
« Pas vraiment mais bon. »
Elle prit une grande inspiration alors qu’il poussait les portes de la salle. Elle fut presque agressée par le bruit et la lumière qui l’accueillit : une musique un peu trop forte, des lumières clignotantes et surtout un monde fou. Elle frissonna mettant les freins ; la peur la saisit à la gorge, elle ne pouvait pas faire ça, elle n’était pas prête du tout. Il se tourna vers elle, probablement retenu par son arrêt.
« Ca va aller, ne t’inquiète pas. » dit-il souriant encore.
« Cela a l’air de beaucoup t’amuser mais pas moi… » répondit-elle mais elle savait que de toute façon, elle ne pouvait plus reculer car les gens alentours eux aussi s’étaient retournés lorsque les portes s’étaient ouvertes et les regards tombaient sur elle avec surprise. La plupart arboraient un sourire narquois et elle était certaine d’avoir entendu que ‘quelqu’un vient de perdre un pari’… enfin peut-être était-elle juste trop nerveuse et trop mal à l’aise. Elle se sentait fiévreuse et ses mains tremblaient soudain humides.
« Je dois partir » murmura-t-elle désespérée à son cavalier improvisé.
« Il n’en est pas question. » répondit-il, les dents serrés dans un sourire un peu crispé désormais.

Et elles arrivèrent, toutes les trois, dans des robes qui faisaient paraître la sienne tout à fait classique ; enfin peut-être l’était-elle d’ailleurs, mais pour elle non. Cela dit, le rose bonbon et le bleu turquoise avaient vraiment quelque chose de terriblement kitsch à ses yeux. Cela dit, les deux jeunes femmes étaient blondes donc cela pouvait passer. Le vert bouteille était moins agressif, mais la dentelle la rebutait véritablement. Elles portaient toutes les trois ce sourire de star qu’elles utilisaient lorsqu’elles flirtaient ou tentaient de séduire un professeur pour les inciter à ne pas les pénaliser pour un retard. Elle aurait probablement du se sentir honorée de se voir gratifiée de ce sourire généralement réservé à un cercle assez restreint, enfin non pas si restreint que cela finalement car elle n’était pas sûre qu’aucun gars du département n’ait pas été un copain pendant au moins quelques heures. Sauf peut-être lui… et encore, elle n’en était pas certaine. Il pressa son avant-bras dans un geste d’encouragement alors qu’elles se lançaient dans une tirade sur la beauté de sa robe.
« Quelle bonne idée, cela te va vraiment au teint… et autres bêtises du genre. » C’était ridicule et tellement cliché que cela finit par la détendre et au bout de quelques minutes il lui fallait se contenir pour ne pas éclater d’un rire qui les aurait vexées. Pas qu’elle s’en inquiète véritablement, mais elle ne tenait pas à déclencher un esclandre durant la soirée ; elle n’était déjà pas particulièrement appréciée, c’était inutile de se mettre à dos toutes les personnes présentes.

« Je vais nous chercher à boire » murmura-t-il à son oreille avant de la laisser avec le groupe des filles. Ces dernières continuaient de sourire de ce sourire faux et elle finit par leur demander
« Quoi ? »
Elles se regardèrent hésitantes mais toujours souriant avant que la brunette lui dise
« Nous étions persuadées que tu ne viendrais pas. »
Vous l’espériez plutôt, se dit-elle alors qu’elle répondait « vous aviez raison, j’ai failli ne pas venir. »
Elle n’eut pas à entendre la réponse car il revenait avec un verre de vin pour elle qu’elle prit mais ne but pas immédiatement.
« Tu es venu avec elle ? » les filles lui demandèrent.
« Hein ? » fit-il prétendant d’être choqué de la question. « Bien sûr. »
Elle le regarda surprise, mais reconnaissante quelque part ; cependant elle ne comprenait pas pourquoi il leur mentait. Elles échangèrent un regard qui ne lui dit rien de bon, mais n’en connaissant pas la signification, elle prétendit de ne pas l’avoir vu et sirotant son verre de vin.

Ils restèrent plantés là à s’observer pendant un moment jusqu’à ce que les cavaliers de filles viennent les chercher, jetant sur elle un regard qu’elle n’aima pas non plus et qui la mit terriblement mal à l’aise. Elle avait l’impression que quelque chose se préparait contre elle mais elle ignorait quoi. Et elle n’eut guère le temps d’y penser car le DJ mit en route le bal et il l’invita à danser, prenant son verre, le déposant sur la table puis l’emmenant sur la piste de danse. Elle n’osait bouger trop, encore mal à l’aise dans ses mouvements, mais lorsqu’un rock suivit, il lui saisit la main et la dirigea sans lui laisser l’occasion de penser à ce qui se passait. Elle n’eut d’autre choix que de se laisser guider par ses mouvements, osant à peine respirer et craignant de tomber à cause de la vitesse. Si elle trébucha, il la retint efficacement car elle ne tomba pas mais finit la danse épuisée ; jamais personne ne l’avait fait danser de cette façon. C’est normal idiote, personne ne t’a jamais invitée à danser à part tes cousins et tu ne les laisses pas diriger la danse. Il la mena dans d’autres danses pendant un moment, avant qu’elle ne demande un répit.

Il la laissa partir continuant de danser. Elle était secouée et ne comprenait pas vraiment ce qui arrivait. Ils s’étaient toujours bien entendu mais qu’est-ce qui avait changé qui le faisait se comporter de cette manière ? Etait-il impliqué dans ce qui se tramait ? parce qu’elle ne pouvait se défaire de cette impression que quelque chose allait arriver.

Au bout de quelques heures, le DJ mis une musique d’ambiance et toutes les filles se levèrent excitées. Que se passait-il ? Il se dirigea vers l’estrade et prit le micro ; elle se surprit à l’observer un peu plus longuement et à l’écouter parler, remerciant l’ensemble des personnes présentes d’être venues si nombreuses. Puis il annonça la raison qui semblait maintenir les filles dans une attente insupportable.
« Et cette année, les finalistes du concours sont : »
Il prononça alors les noms des trois filles qui l’avaient défiée de venir à cette soirée provoquant des cris de colère ou de tristesse parmi les autres jeunes femmes de l’assemblée qui se réfugièrent dans les bras de leur cavalier. Elle retourna à son verre lorsqu’elle l’entendit prononcer son nom ; elle le regarda choquée. Mais autour d’elle, les gens la fixaient, attendant apparemment qu’elle rejoigne les trois autres qui la regardaient d’un air moqueur. Elle ne s’était même pas inscrite à ce maudit concours, elle ignorait même ce que c’était.
Ce fut le DJ qui vint lui saisir la main et la tira vers la scène alors qu’elle jetait des regards désespérés vers la porte, ne souhaitant qu’une chose, partir. C’était donc cela qui se tramait dans son dos… ils comptaient la ridiculiser de cette façon. Et il avait fait partie de ce complot ; elle était blessée mais il lui souriait d’un air radieux avant de continuer.

« Comme vous le savez, cette année, la finale consiste en l’interprétation d’une chanson du choix des finalistes, dont vous avez remis les partitions il y a plusieurs mois. »
Qu’est-ce que c’était que cette histoire encore ? Chanter ; elle n’allait pas chanter devant tous ces gens, ils plaisantaient ou quoi ? En plus, elle n’avait remis aucune partition et elle ne risquait pas de le faire.

« Notre pianiste de ce soir a joué dans les plus grandes salles du monde Paris, New York, Tokyo, Londres et bien d’autres. Elle nous fait l’honneur d’avoir accepté notre demande d’accompagner les finalistes ce soir. »
Elle arrêta littéralement de respirer lorsqu’elle vit sa mère rentrer dans la salle dans sa robe noire qu’elle ne l’avait pas vu porter depuis des années ; cette dernière semblait aussi concentrée que les trois filles et ne lui accorda même pas un regard alors qu’elle s’installait au piano et que le DJ lui amenait un premier jeu de partitions. Sa mère avait donc travaillé sans lui en parler les partitions de dizaines de jeunes filles pour jouer ce soir. C’était pour cela qu’elle l’avait trouvé assise au piano plus souvent qu’à l’habitude ces derniers mois.

Elle fut invitée à quitter la scène pour laisser chanter la première finaliste qui se lança dans une interprétation pour le moins intéressante d’une chanson de Whitney Houston. Elle fit plusieurs fausses notes dans des vocalises mais sa mère parvint à les masquer partiellement en ajoutant quelques accords. La seconde finaliste interpréta une chanson de Mariah Carey, mais sa voix se cassait sur toutes les notes aiguës, et elle se surprit à se demander pourquoi quelqu’un chercherait à chanter quelque chose qui ne convenait pas à sa tessiture de voix. La troisième interpréta magistralement Respect de Aretha Franklin, ne faisant qu’une seule fausse note lors d’une montée fort compliquée techniquement et qui sembla la perturber un instant avant qu’elle ne se reprenne. Elle savait que personne dans la salle n’avait entendu l’hésitation mais des années de formation avec sa mère lui avait appris à déceler ses instants de peur dans une chanson.

Lorsque les dernières notes moururent, elle applaudit oubliant un instant qu’elle serait la prochaine à monter sur scène. Lorsqu’il prononça son nom, elle fut à nouveau surprise ; elle recula, fit demi tour mais se trouva nez-à-nez avec une autre étudiante qu’elle avait déjà vue mais à laquelle elle n’avait jamais parlé.
« Tu ne peux pas ne pas y aller. Tu es la seule parmi les finalistes à ne pas avoir couché avec le jury pour y arriver. Pour toutes celles qui se sont battues honnêtement tu dois y aller. »
Sa voix était ferme, presque dictatoriale ; elle rétorqua qu’elle ne s’était pas inscrite et qu’elle n’avait rien demandé, lorsque l’autre sourit mystérieusement en lui disant qu’il était curieux qu’elle n’ait pas encore deviné qui avait fait la démarche pour elle. Sur cette énigme elle la poussa vers la scène alors qu’il annonçait qu’elle chanterait ‘Think of me’ tiré du Fantôme de l’Opéra. Elle jeta un regard vers sa mère qui lui sourit en retour ; c’était elle qui avait fait le choix de la musique alors. Sa mère avait participé à ce tour et elle s’en réjouissait, mais pour quelle raison ?

Elle se trouva sur scène, sous les projecteurs devant le micro. Elle se mit à trembler sentant les regards des personnes présentes fixés sur elle. Elle ne s’était jamais sentie aussi mal de sa vie ; elle aurait voulu plonger dans un trou de 500 mètres et disparaître de la surface de la terre. Elle sentait le regard triomphant des trois autres finalistes sur elle, et un regard inquiet de sa mère qui appela le DJ et lui murmura quelque chose à l’oreille. Ce dernier se dirigea vers le projecteur le plus proche et l’éteignit mettant la scène dans l’ombre. Elle ne voyait plus rien que la lumière qui éclairait la partition sur l’instrument. Alors seulement elle entendit la note que sa mère posait sur le piano et tout disparut. Plus rien n’avait d’importance et elle chanta ; a capella tout d’abord puis sa mère l’accompagna donnant puissance et force au chant. Ce ne fut que lorsque la dernière note s’éteignit qu’elle réalisa que la lumière s’était rallumée et que tout le monde la fixait étonné, bouche-bée même.

Elle ne salua même pas et s’échappa de la scène puis de la salle pour aller prendre l’air. Son cœur battait à cent à l’heure et ses oreilles bourdonnaient ; pourquoi avait-elle fait cela ? La musique était son seul espace privé, elle ne voulait le partager avec personne. Pourquoi ? elle finit par s’asseoir sur le muret en pierre dans l’espace vert derrière la salle. La fac derrière elle cachait les étoiles mais elle sentait leur lumière qui empêchait la nuit d’être totalement noire. Elle sentit plus qu’elle n’entendit quelqu’un s’installer à côté d’elle.
« Etait-ce si terrible que cela ? » demanda sa voix douce et grave alors qu’il posait ses mains sur le muret, effleurant sa cuisse en partie révélée. Elle frissonna, une douce chaleur envahissant tout son corps, une forme d’excitation qu’elle ne connaissait pas et qui lui fit un peu peur. Elle se tourna vers lui, comme si elle le voyait pour la première fois ; ses yeux émeraude brillant dans un visage un peu bronzé et des cheveux noirs de jais encadrant son visage. Comment avait-elle pu croire qu’il aimait les garçons ?

« C’est toi qui a organisé ça ? » demanda-t-elle la voix tremblante, comprenant ce qu’avait voulu dire l’étudiante.
Il sourit malicieusement.
« Pas seulement, mais c’est moi qui t’ai inscrite. Cela dit, je n’étais pas le seul à avoir voté et ce soir ce sont les étudiants qui votent. »
« Pourquoi ? Pourquoi as-tu fait cela ? »
Il hésita. « Tu ne sais pas ? »
Elle secoua la tête ; elle avait tellement peur de souffrir encore qu’elle n’osait pas imaginer sa réponse. Elle n’avait jamais réellement pu faire confiance à un homme depuis cette soirée qui avait amené sa mère à quitter son père. Il était le premier dont elle s’était senti proche et elle ne l’avait laissé l’approcher que pour une seule raison : elle le croyait gay et elle lui avait tout dit. Mais était-ce la seule raison ? Ne lui avait-elle pas dit pour savoir s’il resterait malgré tout ? Il la regarda comme s’il savait ce qu’elle pensait.
« Je sais que je t’ai menti ; mais je sais que tu as souffert et c’est pour cela que j’ai voulu rester ton ami. Mais… »
Il ne continua pas ; il semblait un peu désemparé comme s’il avait l’impression soudaine d’avoir fait une erreur.
« Je ne voulais pas te ridiculiser ou te priver de quelque chose mais je voulais t’entendre chanter, » finit-il par dire.
« Vraiment ? Pourquoi ? »
« Parce que je croyais que je ne connaîtrais jamais entièrement si je ne t’entendais pas. Tu étais divine. »
Elle rougit ; « non, j’ai fait des erreurs mais bon… »
« Cela n’a aucune importance, maintenant je sais qui tu es. »
« Mais pas moi apparemment. »
« Bien sûr que si. » murmura-t-il, saisissant sa main dans la sienne. Elle était chaude, rassurante mais en même temps, elle tremblait un peu comme s’il hésitait à la tenir, à lui faire peur. Alors qu’elle regardait sa main, il posa l’autre sur sa joue la caressant délicatement descendant sous son menton et lui relevant le visage, l’amenant à croiser son regard. Elle frissonna encore alors que tout son être se réchauffait malgré la fraîcheur de la nuit. Elle comprenait ce qu’elle ressentait et savait ce qui allait venir ; et pour une fois elle n’avait pas peur, pour une fois elle faisait confiance. Pour une fois, elle savait qu’elle ne rejetterai pas ce qu’il lui offrait car elle l’avait espéré. Il l’embrassa en lui murmurant des mots qu’au plus profond d’elle-même, elle avait toujours voulu lui entendre dire. « je t’aime »
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prissou
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Message par prissou »

c'est magnifique!!
j'adore!!!

Etrangement, ca me fait penser à l'épisode de "Made" sur MTV d'aujourd'hui :wink:
mais j'aime beaucoup comme tu écris sincèrement!
- . . . Prissou . . . -

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Message par eärendil »

prissou a écrit :c'est magnifique!!
j'adore!!!

Etrangement, ca me fait penser à l'épisode de "Made" sur MTV d'aujourd'hui :wink:
mais j'aime beaucoup comme tu écris sincèrement!
Je regarde très peu la TV depuis quelques mois et j'avoue ne pas connaître "Made". En plus ce truc est dans ma tête depuis plusieurs semaines c'est juste que c'est sorti hier en quelques heures seulement ;), mais merci :oops: :oops:.
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Message par eärendil »

Je regarde le plafond ; non en fait, je le fixe. Je ne sais même pas depuis combien de temps cela dure, mais j’en connais maintenant tous les détails, la moindre petite fissure, la moindre cicatrice, le plus petit changement dans le blanc, et il y en a un certain nombre, comme si le peintre avait oublié de passer le même nombre de couches à tous les endroits. Je ne me souviens même pas de ce qu’il y a en dehors du plafond ; je sais que je suis allongée sur mon lit mais c’est tout. Et en fait, je ne veux pas bouger, je ne sais même pas si je peux. C’est bizarre comme sensation. Et il n’y a que le silence ; c’est agréable le silence. Personne pour vous parler de choses inintéressantes, vous crier dessus.
Enfin, j’en profite c’est rare que je sois seule sans personne ; ils sont souvent là d’habitude et ils parlent, ils parlent beaucoup trop. Ils me fatiguent mais je ne leur dis pas. Le comprendraient-ils même, je n’en suis pas sûre. Tiens d’ailleurs les voilà qui reviennent. Il faut que je fasse comme s’ils n’étaient pas là, peut-être qu’ils me laisseront en paix.

« … et elle n’a pas dormi depuis 4 jours. » Ca c’est Erwan, le seul qui vaille le coup d’être écouté, heureusement qu’il est là parce que les autres c’est pas de la tarte.
« Quoi ? »
Tiens! Voilà quelqu’un que je ne connais pas. Qui est-ce ? Un invité ?
« Elle fixe le plafond depuis 4 jours et je ne l’ai pas vue fermer les yeux une seconde, enfin elle cligne des yeux mais c’est tout et tellement rarement que cela peut surprendre. »
Quatre jours ; alors les jours continuent de passer. Elle ne les comptait plus depuis un moment. Combien de temps ? Le temps, le temps qu’est-ce donc que le temps ? Le temps n’avait plus d’importance. Le temps s’était arrêté dans un éclat de verre et une chute dont elle ne voulait pas se souvenir.
« Oui, mais vous avez dormi vous-même, alors… »
« Non, l’équipe de nuit dit la même chose. C’est le premier truc que je demande quand j’arrive le matin. Et c’est toujours comme cela à cette période, on en connaît la raison mais tout de même alors ne faites pas de commentaire. »

Ils se sont assis à côté de moi, mais je ne bouge toujours pas. Peut-être que si je les ignore, ils vont s’en aller bientôt parce que ça y est, leur bavardage incessant me fatigue, même celui d’Erwan. C’est rare qu’il parle autant. Mais l’invité s’approche de moi et me crie dans les oreilles ; je crois que j’ai tremblé, mais cela fait tellement longtemps que je ne sais plus ce que je ressens. Je continue de fixer le plafond.
« Mademoiselle Apelpidia bonjour, je suis Maître Boisseau. »
Je connais ce nom, je l’ai déjà entendu mais quand ? Et où ? Oh, je m’en fiche en fait. Pousse-toi, vas-t’en. Erwan est mal à l’aise, je le sens soucieux. Il sait ce qui risque d’arriver si ce monsieur reste trop près de moi. Et effectivement il finit par dire un peu anxieux.
« Maître, éloignez-vous d’elle, je vous en prie… »
« Pourquoi ? »
« Parce que je ne voudrais pas qu’elle se mette à hurler. »
« Je croyais que vous aviez dit qu’elle ne parlait pas. »
« Non, mais si elle se sent agressée ou quand elle est particulièrement angoissée, elle hurle et ce n’est pas bon pour elle. Pourquoi pensez-vous que nous l’avons isolée dans une chambre partiellement capitonnée ? »
« Oh… elle est dangereuse ? »

Je ne le vois pas, mais j’entends dans sa voix cette surprise un peu inquiète. Je lui fais peur à lui aussi. Tant mieux, peut-être qu’il ne reviendra pas comme ça. Pourtant, il n’a pas l’air de vouloir abandonner.
« Pensez-vous qu’elle pourra sortir pour l’audience ? Sans risque ? »
Erwan soupire ; il a l’air totalement désemparé.
« Elle pourrait peut-être, mais pour cela il faudrait qu’elle accepte de sortir de cet état de choc dans lequel elle s’est enfermée depuis 3 ans. »
Trois ans… ça fait trois ans que je suis là. C’est peu, je croyais que cela faisait plus, mais bon en même temps je compte plus les jours donc.
« Elle nous entend quand même ? »
Bien sûr que je t’entends pauvre pomme et tu commences à me casser les pieds sévère si tu savais. Heureusement que Erwan rit légèrement parce que sinon
« Bien sûr qu’elle vous entend, vous ne voyez pas qu’elle s’énerve. Je crois que nous la fatiguons. Elle aime le silence et assez peu les hommes dans son espace. »
« Elle s’énerve ? »
« Oui ses lèvres se pincent légèrement. » Il rit. L’autre a du tirer une tronche de cinq mètres de long. « Je commence à bien la connaître ; cela fait un an et demi que je suis responsable d’elle. »
« Pourquoi vous si elle n’accepte pas les hommes ? »
« Je suis le seul qu’elle a accepté, et ne me demandez pas pourquoi je n’en sais rien. Peut-être est-ce une histoire de voix parce que je ne me souviens pas l’avoir jamais vue regarder les gens. Jamais vraiment en tout cas. »
Il me connaît bien. Il est intelligent pas comme tous les autres imbéciles d’ici, les psy et autres crétins supposés me faire sentir mieux.
« Et bien, j’ai amené des affaires trouvées chez elle, pour l’audience dans un mois. »
« Un mois ? Non mais vous êtes dingue, ça fait trois ans qu’elle est dans cet état comment voulez-vous qu’elle témoigne ? »
« Si elle ne le fait pas, elle sera condamnée. L’homme qu’elle n’a pas tué la poursuit pour l’avoir privé de ses moyens de travailler et l’accuse de tentative d’homicide. »
« Et vous croyez que cela changera quoi ? Elle est ici depuis trois ans et lui il vit sa vie, dans une chaise roulante d’accord mais n’est-ce pas tout ce qu’il mérite ? » Erwan est vraiment en colère maintenant. Mais moi je suis surprise. Il y en a donc un qui n’est pas mort ? Je pensais ne pas les avoir ratés pourtant. Lequel ? Mais l’avocat reprend la parole.
« Ecoutez, je n’y suis pour rien, mais elle n’a jamais parlé donc ils ont fait leur enquête en se basant sur les dires de cet homme. »
« Les toubibs ont pourtant prouvé qu’elle… qu’ils. » il s’interrompt gêné.
Je me sens tressaillir, là je le sens vraiment. Je sais que je tremble, je ne veux pas qu’il aille plus loin, et je veux que l’avocat parte.
« Et merde ! »
Ca c’est Erwan, il a vu. Je le sens qui s’approche tranquillement, il ne me touche pas, mais il vire l’avocat du siège où il s’était installé. Ses mains se posent près de ma tête et il murmure « Daphné, calme-toi, ce n’est rien. Du calme. »
Mais rien n’y fait, je tremble et une douleur brûlante s’insinue en moi dans tous mes membres ; je connais toutes les fissures, les moindres cicatrices dans mon corps et elles me font atrocement souffrir, les jointures de mes doigts me font mal, je les sens crispés sur les couvertures, je ne veux pas penser que j’ai mal. Mais la douleur est trop forte et soudain j’entends un son perçant et effrayant ; c’est moi, je crie.
« Sortez Monsieur Boisseau et appelez Hélène Douve tout de suite. Vous m’entendez, ne restez pas là planté comme un idiot. » J’entends à peine ce qu’il dit… tout ce que je sais c’est qu’à un moment, je sens quelque chose me piquer le bras et que tout se calme tandis qu’il me parle doucement.
« Ca va aller, du calme. » Et je perds la couleur du plafond, il devient tout flou, gris puis noir.

Je crois que j’ai dormi ; enfin, ils ont du me donner une belle dose de somnifère lorsque l’avocat était là. Je continue de fixer mon plafond, mais quelque chose a changé. Il commence à m’ennuyer ce plafond… mais c’est surtout Erwan. Il a l’air plus inquiet, il est plus souvent avec moi, il me parle. Enfin, je crois qu’il essaie avant tout de me faire parler. Il n’ose jamais revenir sur ce que l’avocat a dit, mais je sais que c’est ce qu’il a en tête. Il se fait du souci pour moi, et il se demande ce qui m’arrivera si je suis condamnée. Enfin, je ne suis pas sûre que cela fera une grande différence. Moi, ça fait trois ans que je suis morte, quand ils m’ont tuée et que je leur ai rendu. Ca fait trois ans que je meurs toutes les nuits quand je revois ce qui s’est passé, trois ans que je passe par une fenêtre brisée dans un impact de balle et que j’atterris trois étages en dessous. Qu’est-ce que cela changera ?
Au bout de quelques jours, Erwan semble frustré en plus d’être inquiet, il s’énerve presque après moi, me disant que je choisis la facilité et que vivre est plus dur que se laisser mourir. Je continue de fixer ce plafond, mais cela a l’air d’énerver Erwan encore plus. C’est bizarre de l’entendre en colère contre moi, c’est la première fois que cela se produit.
« Et lui va vivre libre et se souvenir qu’il t’aura vaincue deux fois dont une parce que tu as refusé de te battre. C’est beau la lâcheté. »
Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais je ne vois plus le plafond blanc et fissuré. C’est le visage d’Erwan, enfin je crois, que je vois. En tout cas cela a l’air d’être lui parce qu’il est seul dans la pièce. Et puis des sons sortent encore de sa bouche ; un « Tais-toi. » C’est bizarre d’ailleurs parce que je n’ai rien dit… mais soudainement il se tourne vers moi et il semble choqué. Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fais encore ? il va aussi s’en aller, demander à quelqu’un d’autre de s’occuper de moi, comme Aline au début ? Et puis non, il sourit.
« Cela fait du bien d’entendre ta voix. »

Quoi ? Hein ? De quoi il parle ? Oh ! C’est moi qui ai dit tais-toi ?
« C’est impossible. » Quelque chose vient de toucher mes lèvres. Qu’est-ce que ? Je baisse les yeux, surprise : ma main. J’ai bougé, mes yeux, ma tête, mes mains, enfin une.
Il me regarde. Il sourit avant de reprendre la parole
« Si j’avais su, je t’aurais provoquée plus tôt. »
Il approche doucement sa main de la mienne qui est restée sur mes lèvres, mais il fait attention de ne toucher que mes doigts, et s’excuse. Je tressaille ; mais bizarrement, cela ne me fait pas aussi mal que d’habitude de sentir mon corps. Il saisit délicatement mon autre main et me tire lentement vers le haut : c’est une sensation bizarre, le monde entier tourne autour de moi, j’ai le vertige. Mais c’est la première fois que je vois les murs de la chambre ; ils sont beiges avec des renflements. Ainsi je suis effectivement dans une chambre capitonnée… Soudain ses doigts me lâchent, et je me sens tombée en arrière. Ah non ! il y a quelque chose dans mon dos. C’est mon lit, mais il l’a remonté pour que je sois assise.
Alors comme ça, le monde a encore d’autres couleurs que le blanc, enfin même si le blanc s’avère pouvoir se décliner dans plein de nuances différentes.
« Alors qu’est-ce que cela fait d’être dans une position assise ? et de regarder autre chose que ton cher plafond ? »
Il s’est assis en face moi, et il a un sourire radieux. Mais je ne réponds pas ; c’est bizarre de se réentendre parler, je ne reconnais pas ma voix et je ne suis pas sûre de savoir m’en servir encore. Je hausse les épaules.
« Non ça ne va pas aller. Un haussement d’épaules cela ne veut rien dire. Mets des mots sur ce que tu ressens. »
J’hésite, le vocabulaire qui me reste, c’est parce que je l’ai entendu, mais saurais-je utiliser tous les mots que je connaissais avant ?
« Euh… c’est curieux, » dis-je hésitante. Ma voix tremble, j’ai peur de m’en servir, je crois. Et je ne sais pas si c’est la réponse qu’il attend en fait.

Les jours suivants passent de façon bizarre ; j’ai l’impression que la nouvelle de mon réveil a fait le tour du monde plus vite que l’annonce de la fin de la seconde guerre mondiale ou du nom du président des Etats-Unis après son élection. Tiens d’ailleurs qui c’est ? Si je suis ici depuis trois ans il a changé entre temps. Néanmoins, seuls Erwan et Hélène continuent d’avoir accès à ma chambre. Apparemment les psy ont dit qu’il ne fallait pas perturber mon nouvel équilibre, enfin tout un tas d’âneries qui me font bien rire. Ils sont vraiment inutiles ces gens là. Je réapprends à manger, mais mes jambes sont trop faibles pour me porter, le kiné a dit que cela prendrait du temps, au moins plusieurs mois, peut-être même une année.
L’avocat est même revenu, hier ; il avait l’air ravi de me voir mieux et voulait poser des questions mais Erwan l’en a empêché. Il a utilisé l’excuse des psys mais en fait, je crois qu’il n’aime pas ce type. Moi non plus cela dit, mais bon s’il doit me défendre. J’essaie de ne pas y penser, parce que chaque fois que je pense, je ressens les douleurs comme avant. Mes cicatrices me font toujours mal bien sûr, mais elles paraissent toujours plus douloureuses quand je pense à cette nuit. Mais je sais aussi que l’avocat de l’accusation ne me laissera pas de répit, il va m’obliger à parler de cette soirée. Je les connais les avocats, ils veulent l’argent et la publicité et si je perds, il en recevra beaucoup.
J’essaie de ne pas y penser ; Erwan et Hélène restent avec moi, lui dans la journée, elle la nuit pour s’assurer que je me repose, je pense. Mais je n’ai pas vraiment sommeil, la perspective de me retrouver face à cet homme m’angoisse ; il devrait être mort. Et peut-être l’est-il, peut-être est-ce un esprit qui vient me hanter, peut-être suis-je toujours allongée sur mon lit, mais endormie rêvant que je sors de cet endroit, de ce cauchemar.
Le jour J, Hélène est venue le matin alors qu’elle avait déjà bossé la nuit précédente.
« Je viens t’aider à te préparer. Erwan t’emmènera à la cour. »
Le tailleur qu’a amené l’avocat est trop grand, mais j’ai dû perdre du poids depuis cette nuit. Mais est-ce vraiment surprenant ? Je ne pense pas, on ne peut pas dire que je ne sois nourrie normalement ces dernières années. Hélène enlève sa ceinture et me la passe autour de la taille.
« Ca ira, la veste la cachera. »
J’ai l’impression de flotter dans ce truc, j’ai du mal à croire que je le portais au travail. Mais je pense qu’il me plairait toujours autant si je ne l’associais pas à une page de ma vie que je voudrais tourner. Peut-être que ce procès me permettra de le faire.
« Merci Hélène. »
Elle sourit puis approche le fauteuil roulant du lit sur lequel je suis assise, mes jambes pendant sur le côté. Elles paraissent tellement lourdes avec des chaussures, même si Hélène a acheté des chaussures légères. Je ne me souviens pas du trajet jusqu’au tribunal mais je ne risque pas d’oublier mon arrivée là-bas. Au moment où la porte d’Erwan s’est ouverte, plein de gens étaient là, des flashes, des cris. Il referme la porte et se tourne vers moi me disant que cela va aller. Mais je me sens trembler ; qu’est-ce que c’est que ce cirque ? Des journalistes, des cameramen, des micros, tout ce monde m’agresse alors qu’Erwan pousse résolument le fauteuil vers l’entrée, des policiers faisant barrière pour empêcher ces furies de passer. C’est Maître Boisseau qui répond aux journalistes : ce qu’il leur raconte, je n’entends pas et en fait, je m’en tape, je veux plus les voir. Finalement nous rentrons dans le palais et nous dirigeons vers la salle d’audience. Au moment où les portes s’ouvrent deux hommes se tournent vers moi ; l’un des deux s’appuie sur une béquille. On aurait pu croire à un marié et son témoin seulement ce ne sont pas des yeux gentils qui se posent sur moi, mais un regard glacé, calculateur, haineux. Il se tourne vers son avocat, feignant d’être insulté de me voir… mais je l’ai reconnu ; c’est lui, lui qui menait les deux autres dans ce cambriolage qui a fini par être bien plus que cela. Je lève les yeux vers Erwan ; j’ai peur, cet homme me fait encore peur. Il a dans les yeux la même lueur sauvage qu’il y a trois ans.

Il y a plusieurs jours déjà que le procès a commencé. Mais je ne suis pas sûre d’avoir compris tout ce qui se passait ; des gens, que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam, sont venus dire que j’étais dérangée et qu’il n’était guère surprenant que j’aie tué deux hommes. Des collègues de travail ont dit que j’avais été surmenée à l’époque avec la disparition de mes parents et une promotion qui était venue peut-être trop vite. Et lui… lui il explique qu’il est entré dans l’appartement ne comprenant pas pourquoi un tel bruit en venait et que je lui ai tiré dessus sans aucune explication alors qu’il venait m’aider. Et la salle a applaudi son acte de courage. Maître Boisseau, malgré des questions précises, n’est pas parvenu à modifier la vision de la foule. Le fait que cet homme n’habite pas dans mon immeuble et qu’il ne puisse y avoir eu accès légalement ne parut pas convaincre la foule ; le fait que la porte ait été entrouverte semblait constituer un doute suffisant quant à sa présence dans mon appartement. Et ma vie s’étale dans les journaux ; je commence à regretter d’être sortie de mon état. Ce n’était peut-être pas parfait, mais au moins je n’avais pas à être humiliée. Ils ont appelé Erwan à la barre ce matin et le médecin qui m’avait auscultée après les événements. Tous deux ont témoigné en ma faveur, le médecin décrivant mon état il y a trois ans et Erwan les évolutions de mon état depuis un an et demi. L’avocat de l’accusation a été vraiment pourri, le questionnant sur ses sentiments par rapport à moi, allant jusqu’à insinuer des choses terribles qui ont mis Erwan dans un état de colère que je ne lui connaissais pas. Mais Monsieur Boisseau a élevé une objection qui a été retenue. A la pause de midi, il m’annonce que je témoignerai après l’expert scientifique. Je suis morte de trouille ; je ne sais plus parler, je ne suis pas une héroïne et je n’ai pas envie de revivre encore ce que j’ai vécu. Le témoignage de l’expert me rassure un peu je dois dire ; il déclare qu’il y avait manifestement trois personnes en plus de moi, mais que toutes les empreintes et toutes les données n’ont pas pu être utilisées à l’époque parce que certaines empreintes étaient partielles, prouvant un nettoyage rapide et les techniques n’étaient pas aussi évoluées en terme d’étude de l’ADN. A la fin, il fait une allusion à la chemise de mon adversaire sans dire grand chose seulement qu’il se serait attendu à la voir plus tachée de sang, mais l’avocat objecte que cela ne prouve rien scientifiquement. Mais cela réveille quelques souvenirs ; il ne portait pas de chemise, c’était un T-shirt qu’il avait enlevé quand…
« Mademoiselle Apelpidia à la barre. »
Maître Boisseau m’amène à la barre. L’autre – c’est comme cela que je l’appelle maintenant – pousse un soupir de fausse tristesse, glissant à l’oreille de son avocat assez fort pour que toute la salle l’entende
« Quand je pense qu’elle se fait pousser alors que je ne peux plus me servir de ma jambe ! »
Il veut me blesser, me ridiculiser ; je voudrais me lever mais je ne peux pas, mes jambes refusent de me porter. Maître Boisseau m’aide à m’installer sur le siège puis, je jure de dire la vérité.
« Votre nom »
J’hésite un instant avant de répondre « Daphné Marie Apelpidia. »
C’est tellement bizarre, tous ces gens qui me fixent, ne pourraient-ils pas regarder ailleurs ? Monsieur Boisseau commence à me poser des questions, mais il y a quelque chose de bizarre. Il n’a pas l’air de vouloir que je parle de l’autre, mais des deux morts, ceux que j’ai tués pour me défendre. Son argumentaire est pitoyable, mais je n’ai d’autre choix que de répondre à ses questions. Enfin, il laisse la place à l’autre avocat tandis que l’autre me fixe de ses yeux cruels. Il ne faut pas que je le regarde, il ne faut pas.
« Mademoiselle Apelpidia, vous connaissiez mon client ? »
« Non. » Pourquoi aurais-je du connaître ce type, je ne l’avais vu qu’une fois cette nuit là.
Il arbore un sourire triomphant et se dirige vers son bureau
« Mademoiselle Apelpidia a laissé rentrer mon client chez elle deux semaines avant qu’il ne vienne prétendument l’agresser. »
« Quoi ? » je dois avoir l’air totalement ahurie, je n’avais jamais vu cet homme avant.
« Niez-vous avoir fait appel aux services d’une certaine compagnie téléphonique pour changer votre ligne internet quinze jours avant votre agression ? »
Une ligne téléphonique, une ligne téléphonique…
« Mademoiselle ? » c’était le juge qui parlait. « Veuillez répondre. »
« Excusez-moi mais j’essaie de me souvenir… » Ah mais oui bien sûr « Non, je ne le nie pas, mais je n’ai pas rencontré la personne. »
« Comment cela ? Vous avez laissé votre appartement ouvert sans être présente ? Une personne que l’on dit si organisée et prudente… »
Il m’énerve ce mec, il est détestable à me faire sentir comme une idiote.
« Si vous avez fait correctement votre boulot, vous savez pertinemment que j’ai confié mes clés à Madame Martha Elios, la concierge de l’immeuble ce jour là et que c’est elle qui a ouvert la porte à la personne. Quinze jours vous dites… » la mémoire me revient. « Donc le 16 mars, c’est cela. Oui, je me rappelle, j’avais rendez-vous avec le directeur des ressources humaines de mon travail. Vous savez c’est le jour où j’ai reçu cette promotion trop rapide. » Je sens que je ne devrais pas le provoquer, c’est idiot mais il m’agace, tous ces gens m’énervent.

Il sourit d’un air carnassier : « c’est intéressant d’utiliser comme témoin une femme qui est décédée. »
« Quoi ? » Alors là je suis choquée, cette femme est morte. « Mais quand ? » Je sens les larmes me monter aux yeux. Elle était la gentillesse incarnée et elle m’avait tellement soutenue après le décès de mes parents…
« Il y a trois semaines. Elle a eu un accident cardiaque, vous l’ignoriez ? »
« Bien sûr, comment vouliez-vous que je le sache ? » Ma voix se brise.
« Vous lisez les journaux assurément. »
« Non… cela fait trois ans que je n’ai pas ouvert un journal Monsieur. »
« Bon, malheureusement Madame Elios ne peut témoigner en votre faveur aussi devons-nous passer à autre chose. Cette nuit là, vous dites être rentrée chez vous à 2h du matin. Pourquoi si tard, vous travailliez le lendemain, était-ce bien raisonnable ? »
Je n’arrive pas à réaliser qu’elle aussi est partie… j’entends à peine sa question mais il faut que je me ressaisisse, je ne peux pas ne pas répondre.
« Je ne sais pas, j’avais besoin de marcher, cela m’arrive parfois. »
« De minuit à deux heures du matin ? »
« Quoi ? Bien oui. J’ai quitté mes collègues à minuit et je suis rentrée à pieds ; cela fait une bonne trotte du centre-ville à chez moi, donc oui cela m’a pris du temps. Et de toute façon, il me semble que vous n’êtes pas mon père. Même à lui, je ne rendais plus de compte sur mes horaires. »
« Vous vous énervez facilement Mademoiselle Apelpidia. »
« Non, Monsieur. En fait, je ne me suis jamais énervée en trois ans comme les gens qui s’occupent de moi pourront en témoigner. » L’assemblée sembla rire un peu.
« Bien donc vous rentrez chez vous et vous tirez sur mon client. » dit-il en le pointant du doigt.
Si les jurés pouvaient voir ce que je vois dans son regard ; il y a de la haine, de la moquerie. Il sait qu’il s’est déjà acquis la sympathie des gens et d’une partie du jury. Je sais aussi que les test ADN n’ont pas été fait sur lui car l’expert l’a dit. Je sais aussi qu’il ne portait pas de chemise quand je lui ai tiré dessus. Dans ces yeux, je revois cette nuit, je ne veux pas la revoir, pas encore. Mais il me fixe, comme s’il m’interdisait de parler et mon cœur s’arrête de battre. Je lève les yeux au plafond, le plafond et ses fissures ; il est beau ce plafond, je pourrais le regarder longtemps, encore trois ans.
« Daphné, ne fais pas ça ! »

C’est la voix d’Erwan ça… il ne connaît pas l’histoire de Daphné lui non plus enfin pas la vraie. Peut-être qu’il veut savoir et après je retournerai à mon plafond, mon beau plafond. Et une voix qui n’est pas vraiment la mienne commence à raconter cette nuit. Comment cette nuit là, en rentrant chez elle, Daphné avait trouvé la porte pas fermée à clé. Comment à peine rentrée, une main l’avait saisie l’empêchant de crier, de prendre le téléphone, d’appeler la police. Une sensation gelée avait alors saisi sa tête tandis que quelqu’un la tournait ; un pistolet dans sa main, c’était lui, l’autre. Il a dit
« Bien, en plus on va s’amuser les mecs. »
Et ils avaient déchiré ses vêtements la laissant exposée et humiliée dans sa propre maison, l’humiliant l’un après l’autre malgré ses supplications. Lui d’abord, ses complices ensuite, puis lui à nouveau ; cela avait duré une éternité. Mais Daphné avait fini par se débattre et lui avait donné un coup de genou entre les jambes. Il l’avait frappé avec l’arme à la tête avant de laisser le pistolet à son complice et se rendre dans la salle de bain. Mais l’autre avait été trop ambitieux, il avait voulu se faire plaisir sans laisser l’arme au troisième qui se fumait sa clope sur son canapé, laissant les cendres tomber dessus. Alors Daphné avait tenté d’attraper l’arme s’était battue jusqu’à ce qu’elle la prenne et tue le premier homme qui ne s’y attendait pas. L’autre s’était alors levé de son canapé tandis qu’elle était coincée sous le corps de cet homme, tellement lourd qu’elle ne pouvait plus bouger. Mais le fumeur avait poussé le corps et l’avait relevée pour la frapper et tenter de lui reprendre l’arme tout en appelant son complice « Dan ! »
Et il était sorti de la salle de bain, torse nu, son caleçon remis alors que Daphné se battait pour garder le contrôle de l’arme et lorsqu’elle le reprit, elle tira sur l’homme de la salle de bain, mais ne regarda pas ce qui arrivait parce que l’autre continuait d’essayer d’atteindre l’arme. Ils se rapprochaient dangereusement de la fenêtre, leurs mains tenant le revolver qui finit par tirer une balle dans la vitre qui éclata en morceaux alors qu’ils tombaient tous les deux par-dessus le balcon. Daphné pensait qu’elle allait mourir mais elle était tombée sur quelque chose ; mais elle s’était évanouie.
« Pauvre Daphné, » dit enfin la voix dans sa tête avant de s’éteindre. Qu’est-ce que ce plafond est beau ! Je dois demander si je peux être là maintenant, c’est plus agréable comme couleur, du doré, de l’ocre, y a pas que du blanc, finalement c’est ennuyant le blanc.
J’entends du bruit, des gens qui s’interrogent finalement un vrai brouhaha et des chaises qui sont poussés. Puis il y a Erwan qui parle à côté de moi.
« Daphné, reviens… » il a l’air désespéré, « ne te laisse pas faire. » Me laisser faire ? De quoi parle-t-il ? Ce plafond est bien trop beau. Il y a deux voix derrière lui, des hommes ; je tremble. Les hommes ne me laisseront-ils jamais en paix, ne peuvent-ils pas comprendre que je les maudis ?
« Votre honneur ma cliente est manifestement perturbée par le souvenir de cette nuit, laissez-nous prendre une pause. »
« Je serais tenté d’accepter Maître Boisseau, mais pourra-t-elle bouger ? En tout cas, ce témoignage change beaucoup de choses. »
« Mais Votre Honneur, il est évident qu’elle ment enfin ! Mon client portait une chemise et le sang qu’il y avait dessus le prouve. »
Tiens une chemise… Ce plafond n’est pas si intéressant finalement, et puis, je vais attraper mal au cou la tête totalement tordue. Une chemise c’est pas un gilet par balle. Je regarde Erwan, il est très inquiet, puis les avocats, ils sont fous et le juge, il ne sait pas quoi faire. Mais quand je parle, c’est bien ma voix que j’entends.
« S’il portait une chemise, pourquoi n’y a-t-il pas de trou dans le tissu, ni à l’avant ni à l’arrière ? Et où est l’impact de la balle qu’il a reçue ? Devant la salle de bain ou sur le pas de la porte d’entrée ? »

Les trois hommes me regardent, surpris puis se tourne vers l’autre qui a perdu son aspect héroïque ; les gens le fixent avec suspicion maintenant mais son regard porte toujours la même haine. Sauf que cette fois, je ne suis pas la seule à la voir. Alors tout se passe au ralenti, l’ouie semble m’avoir quitté et je n’ai plus que ma vue comme sens. C’est bizarre, moi qui entends tellement mieux depuis trois ans. Je le vois sauter par-dessus la table devant laquelle il était assis, il pousse les personnes qui tentent de le retenir, son avocat compris. Il se rapproche et décoche un coup de poing magistral à Erwan qui s’effondre : il a l’air fou, comme cette nuit là où je lui ai mis ce coup de genou. Il veut me tuer, je le vois dans ses yeux, mais je ne peux pas bouger. Un éclair dans sa main et une douce sensation de chaleur au niveau de ma poitrine qui s’estompe petit à petit pour laisse un froid glacial m’envahir. Que s’est-il passé ?

Des hurlements, une commotion, un coup de feu et un corps qui s’effondre à quelques mètres de moi. C’est là que je réalise que je suis au sol ; mais c’est curieux, je ne suis pas tombée. Mais lui oui, et ses yeux pleins de haine sont encore fixés sur moi, me poursuivant encore un moment avant qu’ils ne se ferment. Quelqu’un s’assoie à côté de moi et me parle
« Daphné », tiens Erwan encore. Il n’a plus l’air inquiet maintenant, non il a l’air terrifié.
Je le regarde, je crois qu’il se retient de ne pas pleurer. Que s’est-il passé ?
« Ils vont venir… » dit-il cherchant à m’encourager. Mais qui ? Pourquoi suis-je allongée ? J’essaie de bouger mais je ne peux pas ; et il y a une nouvelle fissure dans mon corps. Elle a l’air plus profonde que les autres, mais bizarrement elle ne me fait pas mal, je ne sens plus rien, sauf le froid du carrelage. Je ferme les yeux un instant, je commence à comprendre.
« Je pars. »
« Mais non, mais non, tu ne pars pas, tu ne vas pas mourir. » C’est la voix d’Hélène cette fois, elle était là aussi alors. Elle pleure, elle insiste, elle essaie de me réchauffer mais je n’ai pas envie. Je souris alors que les lumières s’éteignent autour de moi.
Pour la première fois depuis trois ans je n’ai pas peur que les lumières s’éteignent parce que je sais que je ne ferai pas de cauchemar.
« Je ne meurs pas Hélène, je vais dormir enfin. »
J’entends son sanglot, le cri d’Erwan et je m’endors, c’est la fin du cauchemar.



Bon un autre morceau de vie, ce n'est pas gai...
Notes:
- Daphné est une nymphe qui pour échapper à Apollon qui voulait la posséder a demandé de l'aide et a été changée en laurier.
- Alpepidia en grec veut dire désespoir
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Marie Potter
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Message par Marie Potter »

:shock: :shock: :shock: T'écris super bien !Tu as réussi à me faire pleurer! Bravo ! :bravo: :bravo: :bravo:
Irréelle, ma terre, j'atteins l'espace, et les étoiles dansent une valse. Météores et nuages blancs, je vole et le soleil m'attend.

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eärendil
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Message par eärendil »

Deux pièces écrites sur le pouce il y a deux ans environ

Vivre n'est-ce pas mourir?
Chaque jour je vois la mort
Qui me cajole et qui m'attire
Mais jamais dans un corps à corps.

La peur du vide me retient
De m'abandonner à ses bras.
Mais son amour à elle est sans fin
Et jamais elle ne m'abandonnera.

Et pourtant elle m'appelle
Parfois d'un cri ou d'un soupir
Ou bien d'une voix tout sucre et miel
Qui vous ferait presque sourir.


~~~~~~~~~~

Lorsqu'elle le sentit
Lentement s'approcher
La jeune fille frémit
Comme une vierge effarouchée.

Quelle langueur la saisit
Lorsque pour la première fois
Sur son corps elle sentit
Le toucher de ses doigts.

Il n'est d'amant plus doux
Dont le souffle vous enivre
Avant que tout à coup
Il ne vous délivre.

Le temps s'arrête dans un souffle ou un cri
On s'abandonne une fois encore
A la douceur et à l'envie
D'amour avec le spectre de la mort.
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Message par Thess »

Eärendil, ta deuxième hisoire est superbe, vraiment magnifique! J'en suis encore émue...
La manière dont on comprend petit à petit de quoi il retourne, comment les choses évoluent des 4 jours (pour ma part, j'ai cru qu'elle était dans un appartement avec des coloc') aux trois ans, jusqu'à la fin...c'est du très beau travail!
Et quand on ajoute à cela un style efficace, une écriture lisse et agréable, je crois que l'on peut dire que c'est excellent :wink:

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eärendil
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Message par eärendil »

Thess, désolée de ne pas avoir répondu plus tôt à ton commentaire. Je suis ravie que l'histoire t'ait plu et je suis honorée que cela ait provoqué un avis si dithyrambique... :oops: :oops: merci.

Edit:
parce que je fais de la pub :oops: :oops:...
Dernière modification par eärendil le 26 avr. 2006, 22:37, modifié 1 fois.
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Smokman
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Message par Smokman »

Earie, je suis désolé, mais:

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Je te laisse éditer et placer l'adresse en signature... C'est pour tout le monde pareil... :?
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camcam
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Message par camcam »

J'aime énormément tes textes, Eärendil, et je trouve sincèrement que tu écris très très bien !!! Q'un seul mot : Chapeau !!! :bravo: :pouce:
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It's a cold and it's a broken hallelujah...

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eärendil
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Message par eärendil »

Elle souffre; c'est bientôt la fin, mais elle est seule pour faire face. Elle fait peur aux gens; depuis qu'elle a accepté, un seul reste. Lui, c'est lui qui l'a réveillée. D'ailleurs, c'est lui dont elle entend les pas; cela ne peut être que lui, il est le seul à venir de toute façon.

Il entre; il a l'air triste, seul lui aussi. Mais il a choisi; elle lui avait dit de ne pas faire ce qu'il a fait. Malgré tout, elle ne l'a jamais jugé pour cela. Pourtant, aujourd'hui, il a l'air encore plus seul que d'habitude comme s'il avait fait quelque chose qui l'isolait plus encore. Il a un café dans la main - pas perdu ses habitudes - et s'installe à côté d'elle. Seul un coin de table les sépare et ils se regardent longuement; cela fait longtemps qu'ils n'ont plus besoin de parler pour savoir ce qui se passe dans la tête de l'autre et les gens ne l'ont jamais saisi, compris.

Néanmoins, il pose la question dont il a d'ores et déjà la réponse
"Ca va?
- On fait aller et toi?
- Ca va.
- Tu mens, t'as pas l'air bien du tout.
- Mais si, ça va, un peu de fatigue c'est tout." Il lui prend la main; c'est encore cette sensation de chaleur bizarre qu'elle n'a jamais totalement contrôlée. "Tu souffres...
- Oui bien sûr, mais c'est logique non.
- Ca peut s'arranger.
- Tu sais très bien qu'il n'y a qu'un seul moyen pour ça et toi tu n'y peux rien.
- Oui, peut-être..." sa voix s'éteint dans un murmure.

Il est convaincu presque trop facilement; délicatement il va poser sa main derrière sa tête, comme il l'a toujours fait pour lui faire passer ses maux de tête, mais là il y a autre chose dans son regard. C'est comme un adieu.

"Non ne fais pas ça." dit-elle brusquement alors qu'elle réalise ses intentions. Son regard est tellement triste; il a renoncé à elle aussi, après avoir renoncé au reste.
"Tu n'as pas le droit de me laisser seule.
- Tu ne le seras plus; si je ne suis plus là il reviendra, ils reviendront. Et tu auras besoin de lui, un enfant seule, tu ne pourrais pas.
- Alors voilà, tu choisis pour moi, tu te condamnes à la solitude. Stop acting like you're Jesus. T'as pas le droit de choisir pour moi, pas plus que pour les autres. Combien de fois te l'ai-je dit?"
- Je sais..." la tristesse de sa voix est comme un coup de poignard dans son coeur. Elle vient de lui reprocher ce qu'elle s'était jurée de ne jamais lui reprocher. "Mais tu l'aimes encore et tu as besoin de lui.
- Oui, mais toi tu fais partie de ma vie depuis bien plus longtemps. Tu as toujours été là. Tu ne peux pas m'enlever ça, même si tu penses que c'est pour mon bien. Je t'en prie."

C'est à elle d'être dévastée désormais; elle a accepté le rejet des autres mais si lui la rejette aussi, même pour la protéger, alors rien n'a plus d'importance. Il sourit mais il n'est pas convaincu.
"Très bien. Je te laisse te reposer. Préviens-moi s'il faut que je t'emmène à l'hôpital."
Elle acquiesce et il se lève pour partir. Pourquoi a-t-elle l'impression qu'il réessaiera? Pourquoi faut-il qu'il parte? Pourquoi l'incompréhension et la peur? Pourquoi la solitude?
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eärendil
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Message par eärendil »

J'ai 18 ans,
Les migraines c'est génétique
Même si c'est fréquent
C'est pas dramatique.

J'ai 20 ans,
Les maux de tête
C'est assez souvent
Après les soirs de fête.

J'ai 25 ans,
Les migraines c'est quoi
Pas grand chose finalement
Même si elles durent un mois.

J'ai 28 ans,
30 je ne les aurai pas
C'est une tumeur finalement
Qui d'ici un an me tuera.


Désolée, fatiguée, un peu sonnée et j'ai ça dans la tête depuis 3 jours, fallait que ça sorte (encore une muse qui exige :roll: elles me rendent dingues :roll: :lol:)
Some things I cannot change, but 'till I try, I'll never know
Because I knew you, I have been changed for good.
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Allyloo
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Message par Allyloo »

C'est quoi ton but? faire peur aux gens?? :cry: :cry: :cry:

(zé tout lu, et c'est très beau! (oui oui même sur ton blog ;o) ))
¤Heavy cross¤

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Bellatrix
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Message par Bellatrix »

J'aime vraiment beaucoup ce que tu écris eärendil.
C'est comme si tu lisais dans mes pensées, mes peurs, mes douleurs.
Thanks
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Bastet
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Message par Bastet »

allyloo a écrit :C'est quoi ton but? faire peur aux gens?? :cry: :cry: :cry:
Se faire peur à elle-même surtout, je crois ! :wink:

T'en fais pas Eary, tous les jours de boulot, j'ai mal à la tête à partir de 15h30. Y'a des chances que ce soit l'ordi et si tu bosses dessus, ça doit être pareil ! Ou alors, à 28 ans, je mangerais les pissenlits par la racines moi aussi ! :lol: :?

En tout cas, j'aime bien ton texte ! :wink:
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