La place de la mort dans Harry Potter

Discussions sur le tome VII, Harry Potter et les Reliques de la Mort
C3c1L
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Re: La place de la mort dans Harry Potter

Message par C3c1L »

Pour tenter de répondre à eärendil, je commence à me replonger dans mes cours, et voilà la première phrase qui me frappe :
L'adolescent vit dans le présent, il considère qu'il n'a pas de passé, et l'avenir que les adultes lui proposent ne l'intéresse pas.
La difficulté de l'adolescent dans son passage à l'âge adulte est donc d'arriver à reconstruire son passé.

Et maintenant, c'est parti pour la psychologie de bazar !!! :wink:
Alors bien évidemment, quand Tom Riddle atteint ses 11 ans, donc son adolescence, on sait qu'il a un problème avec ses années passées. Or il doit arriver à reconstruire ce passé pour passer à l'âge adulte.
Alors ?... à vous !

M-Ly
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Re: La place de la mort dans Harry Potter

Message par M-Ly »

Pfiou! Voldemort a t-il même cherché à reconstruire son passé? Il l'a refoulé (attention, j'emploie ce mot à dessein puisqu'on met les pieds dans la psychologie de bazar!)

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caro75
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Re: La place de la mort dans Harry Potter

Message par caro75 »

M-Ly a écrit :Pfiou! Voldemort a t-il même cherché à reconstruire son passé? Il l'a refoulé (attention, j'emploie ce mot à dessein puisqu'on met les pieds dans la psychologie de bazar!)
tout a fait d'accord!
Il a tout fait pour refouler son enfance difficile en rentrant a Poudlard et par la suite en prenant le nom de Voldemort.
Sa recherche de l'immortalité est aussi (pour moi en tout cas) une preuve de son desir de rejeter le passé: en vaincant la mort il n'y a plus de passé mais uniquement l'avenir...
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eärendil
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Re: La place de la mort dans Harry Potter

Message par eärendil »

Je ne pense pas que l'on puisse parler de refoulement. Il a bien reconstruit son passé mais à la manière dont il le voulait; en fait, dans le processus d'évolution vers l'âge adulte comme la guérison d'un traumatisme, il y a une reconstruction. Mais dans le sens où la personne décide ce dont elle se souvient, mais consciemment.

Il est 1h15, vous me pardonnerez, je développerai un peu plus demain, parce que de la psychologie épuisée c'est pas super... En plus, il faut que je parcoure rapidement le bouquin que m'avait filé ma psy et je sais même pas si je l'ai ici ou s'il est resté à Paris.
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M-Ly
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Re: La place de la mort dans Harry Potter

Message par M-Ly »

Je parlais de refoulement dans le sens où Voldemort a fait disparaitre ce qui le rattachait à son enfance lorsqu'il était adolescent: il a tué son père et ses grands parents moldus, a veillé à la disparition des derniers membres de sa famille de sorciers, pulvérisé la maison des Gaunt... Bref, il a refoulé les éléments qui ne lui convenaient pas.
Il a bien sûr gardé la bague des Peverell, le médaillon de Serpentard, des objets qui avaient un prestige à ses yeux. Il a aussi choisi de cacher l'un de ses horcruxes dans la caverne où il était venu dans son enfance, où il avait (du moins on le suppose) pratiqué la magie et prouvé qu'il était un être à part.
Cette vision modifiée de son passé l'aide t-elle à grandir et à évoluer?

Harry, au contraire, accepte les côtés sombres de son passé, le fait que son père n'ait pas été "parfait", que son entourage l'ait parfois déçu. cela l'aide à trouver son propre chemin et à mûrir.

Mais on s'éloigne du sujet de départ, là...

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Viviane
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Re: La place de la mort dans Harry Potter

Message par Viviane »

Viviane a écrit :
La mort est au centre de la vie de Voldemort d’abord. Elle est symptomatique du personnage ; il en a peur et il la voit comme une fin sans aucun après. La vérité c’est qu’en créant des Horcruxes, il s’assure d’une certaine manière qu’il n’y aura aucun après. La mort le terrifie et pourtant il la dispense sans retenue.
Moi j'interprête plutôt cela comme la volonté de puissance suprême : faire ce que personne n'a fait avant lui. Et bien sûr, comme Voldemort est absolument seul, comme tous les tyrans, c'est le moyen de "garder la main" sur sa destinée.
La mort est aussi au centre de la vie d’Harry. Mais à l’inverse de Voldemort, il finit par accepter qu’elle est l’essence même de l’existence. Et il accepte de la perdre pour mieux la reprendre, bien qu’il l’ignore. Est-ce parce qu'il accepte de la perdre qu'il en devient le maître ? Et est-ce là la signification d'être le Maître des Reliques et de la Mort ?
ça c'est sûr. La "mort" de Harry est messianique, voir christique. Il donne sa vie pour sauver les autres, c'est totalement biblique (et ironique compte tenu des réactions de l'église catholique). Mais je pense que d'acepter la mort est effectivement ce qui fait de Harry son vainqueur.
Ma seconde question est donc la suivante : dans quelle mesure la mort donne-t-elle une existence aux gens ?
J'aime bien la métaphore qui compare la vie à un tricot. Si tu tricotes sans jamais t'arrêter, quel interêt ? Finalement, la mort, c'est le moyen de finir sa chaussette (métaphore très poétique !)
Ceci pose la question suivante : dans quelle mesure les morts de nos proches nous aident-elles à grandir ?
Chacun te répondra différemment. Je ne suis pas certaine que la mort nous aide à grandir. Disons que si c'est une mort dans le sens "normal" de la vie, c'est à dire quelqu'un d'âgé, c'est assez facile à accepter. Mais perdre un enfant ? (d'ailleurs cet enfant peut être un adulte, je pense que rien n'est plus terrible que de survivre à ses enfants même si on a 80 ans et l'enfant en question 55). En tant que médecin, bien sûr j'ai été confrontée à la morts de patients. Ce que j'en ai retiré, c'est que ce n'est pas toujours un échec, qu'on peut accompagner l'autre vers la mort, vers une fin digne, et que l'euthanasie n'est certainement pas une solution tout venant. A défaut de guérir les patients, on peut avoir le pouvoir de soulager et d'accompagner.
Un décès est toujours une peine, qui semble parfois insurmontable… Lire HP peut-il être une catharsis ?
Si catharsis il y a , c'est pour l'auteur. Sa propore expérience de la maladie et de la mort de sa mère, enchaînée avec un divorce, a du profondément modifier son rapport avec la vie. Le miroir du Rised, les portraits, Priori incantatum, la résurrection de Harry, la pierre, les fantômes : tout ceci représente un moyen non pas de vaincre mais de contourner la mort dans son aspect le plus déchirant, qui est la séparation.
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Llewellyn
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Re: La place de la mort dans Harry Potter

Message par Llewellyn »

Ce sujet est plus grave et moins frivole.
Les contributions sont plus longues et plus argumentées. Je suis en plein accord avec eärendil (surtout son long premier message) et les autres : l'ensemble des livres "Harry Potter" est une métaphore du devenir adulte, de quitter réellement l'enfance, ce qui implique la connaissance de la mort. Hedwige rattachait Harry à l'enfance...

Voici un citation qui traînait dans mon disque dur.
Ce qui est entre crochets [ ], coupures ou adjonctions, est de moi ; mais toutes les coupures ne sont pas indiquées, c'étaient des notes à mon usage.

« Grandir, c'est mourir beaucoup

Le combat final entre Harry et Voldemort contredit toutes les lois du genre. Le stéréotype voudrait que le rapport de forces soit favorable au camp adverse [..], que le héros l'emporte par un dernier sursaut.

Or Voldemort est déjà en mauvaise posture : Neville a décapité Nagini, les Mangemorts succombent, Bellatrix a été tuée, et il découvre que Harry est bien vivant.
La joute verbale est largement remportée par Harry, qui explique à « Tom Riddle », à qui il rend son nom, un certain nombre de choses qu'il ignore, dont la trahison de Rogue. De plus il l'exhorte au remords ; il lui démontre qu'il n'est pas le maître de la baguette de sureau.
Est-ce vrai, ou bien Voldemort est tellement étourdi par ce raisonnement que son Avada kedavra n'a pas la force de conviction qui lui aurait permis de l'emporter sur l'éclatant Expelliarmus de Harry ?
L'impression dominante est qu'au moment où commence le duel, Voldemort a déjà perdu.

Renoncer à la magie, faire le choix de la faiblesse et des limites assumées, se révèle être finalement la seule attitude payante. Car ceux qui se sont fiés à la prothèse périssent par la prothèse : Peter Pettygrow est étranglé par la main d'argent dont l'a doté Voldemort, qui le punit d'avoir épargné à son tour Harry ; la baguette de sureau se retourne contre Voldemort qui la désirait tant et, sautant de ses mains, lui renvoie son propre sort.
À l'inverse, Harry, qui cherche des objets précieux pour les détruire, a compris que pour grandir, il faut perdre plus que trouver. Perdre les trésors et emblèmes de l'enfance (l'harmonica volé que Tom Riddle cachait dans une boîte, la chouette Hedwige offerte par Hagrid au tome 1...), perdre l'entourage de ses jeunes années (les parents de Harry, son parrain, les personnages secondaires qui incarnent l'insouciance heureuse, tels Fred Weasley et Colin Crivey, Hedwige), et surtout renoncer à des pans entiers de soi, laisser mourir l'enfant en soi.
L'image de Rowling est sur ce point très explicite. Lorsque Harry meurt comme sixième Horcruxe, il est rejoint par Dumbledore dans un lieu entre la vie et la mort, où se trouve le morceau d'âme de Voldemort qu'il contenait sans le savoir et qui devait périr. Tel est l'enfant en lui, l'enfant qui ne grandit pas... Ne crie t-il pas quelque part au fond de l'âme de chaque lecteur ?

Le trajet de Harry est emblématique : il faut toujours détruire Voldemort en soi avant de le détruire hors de soi. »
En anglais "riddle" signifie énigme ; traduit par Jedusor, ce qui fait perdre une signification dans notre langue, comme pour la baguette de sureau / de l'aîné.

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